En 2026, les chats sphynx et scottish fold ne seront plus autorisés aux Pays-Bas. Une décision radicale, motivée par la volonté de protéger les animaux des souffrances directement liées à leur apparence physique.
Longtemps célébrés pour leur allure singulière, les sphynx et les scottish fold ont conquis les réseaux sociaux et les célébrités du monde entier. Pourtant, derrière leur succès sur Instagram ou leur présence dans les bras de stars comme Lady Gaga ou Taylor Swift, se cache une réalité bien moins glamour. Depuis le 1er janvier 2026, la législation néerlandaise interdit désormais leur détention, leur élevage et leur commercialisation. Un tournant majeur dans la politique de protection animale, qui marque une rupture nette avec l'élevage basé sur des critères esthétiques au détriment de la santé.
Une souffrance inscrite dans le patrimoine génétique
Cette décision n'est pas le fruit d'un effet d'annonce. "Cette mesure a été préparée de longue date", explique Jean Rummenie, secrétaire d'État à l'Agriculture, dans une déclaration relayée par la RTBF. « Il n'est pas acceptable que des animaux souffrent inutilement à cause de leurs caractéristiques physiques ", affirme-t-il.
Chez le sphynx, l'absence de pelage fonctionnel expose l'animal à de nombreuses vulnérabilités. Sensible au froid, aux rayons ultraviolets et aux maladies cutanées, ce chat nécessite des soins constants pour compenser ce que la nature ne lui a pas donné. Plusieurs études publiées dans le Journal of Feline Medicine and Surgery indiquent d'ailleurs que son espérance de vie se situe généralement entre 8 et 10 ans, bien en deçà des 15 à 18 ans observés chez les chats dits "classiques".
Le scottish fold, quant à lui, est reconnaissable à ses oreilles repliées vers l'avant, un trait jugé attendrissant mais qui est en réalité la conséquence d'une maladie génétique du cartilage : l'ostéochondrodysplasie. Cette pathologie provoque des douleurs articulaires chroniques, des troubles de la mobilité et, dans les cas les plus sévères, une déformation progressive des membres.
Un quotidien contraint, loin des clichés attendrissants
Ces mutations ne sont pas anodines. Si elles peuvent apparaître naturellement, leur sélection volontaire par l'être humain en accentue fortement les effets. Dans le cas du sphynx, sa peau nécessite l'application d'une crème solaire pour la protéger contre les rayons UV. L'absence de moustaches complique également l'orientation de l'animal, ce qui représente un handicap majeur dans sa vie quotidienne.
Les associations de protection animale dénoncent depuis longtemps ces pratiques d'élevage. Pour elles, la reproduction volontaire de chats portant ces différents gènes mène à la création de races qui sont condamnées à souffrir toute leur vie. Elles dénoncent une une dérive où l’animal est perçu avant tout comme un objet de désir ou un produit marketing, façonné pour répondre à des tendances et des critères esthétiques au détriment de son bien-être.
Une loi stricte, mais sans abandon des animaux existants
Conscientes de la situation des propriétaires actuels, les autorités néerlandaises ont prévu une période transitoire. Les sphynx et scottish fold déjà présents dans les foyers pourront y rester, à condition d'être identifiés par une puce électronique attestant de leur adoption avant 2026. En revanche, toute reproduction, importation ou vente est désormais formellement interdite.
L'objectif affiché par le gouvernement est clair : faire disparaître progressivement ces caractéristiques jugées néfastes du paysage félin néerlandais, sans provoquer d'abandon ni de rupture brutale pour les animaux concernés.
Et en France ?
À ce jour, aucune interdiction similaire n'existe en France. Le LOOF (Livre Officiel des Origines Félines) continue de reconnaître les races sphynx et scottish fold, tout en imposant des tests génétiques pour les reproducteurs. La loi de 2021 contre la maltraitance animale encadre la vente d'animaux, mais ne remet pas en cause l'élevage de ces chats.
La décision des Pays-Bas pourrait toutefois relancer le débat à l'échelle européenne, pour les chats, mais également pour certaines races de chien. Une question centrale se pose désormais : jusqu'où peut-on modeler le vivant pour satisfaire des critères esthétiques, lorsque la souffrance devient une conséquence inévitable ?
