Le gouvernement vient de publier une nouvelle liste d'animaux classés comme "espèces susceptibles d'occasionner des dégâts" (ESOD). Renards, fouines, martres, pies, corneilles… Plusieurs espèces sauvages pourront ainsi continuer à être piégées ou tuées dans certains départements jusqu'en 2029. Une décision qui provoque la colère de nombreuses associations de protection de la faune sauvage.
Une nouvelle liste pour les trois prochaines années
Le nouvel arrêté a été signé le 10 août 2026 et publié au Journal officiel le 21 août. Il fixe, pour la période 2026-2029, les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts ainsi que les territoires et les conditions dans lesquels leur destruction peut être autorisée.
Neuf espèces sauvages sont concernées par ce classement :
- le renard roux,
- la fouine,
- la martre des pins,
- la belette,
- la pie bavarde,
- le geai des chênes,
- la corneille noire,
- le corbeau freux,
- l'étourneau sansonnet.
Attention toutefois : toutes ces espèces ne sont pas classées partout en France. Le classement dépend des départements et peut également varier selon les communes. En Gironde, par exemple, le renard, la fouine, la corneille noire, la pie bavarde et l'étourneau sansonnet sont actuellement concernés sur l'ensemble du département.
Le classement ne signifie pas non plus que ces animaux peuvent être tués n'importe comment et n'importe où. L'arrêté prévoit différentes modalités de destruction selon les espèces et les territoires, notamment le piégeage ou le tir. Certaines espèces peuvent être piégées toute l'année dans des conditions précises.
Mais pourquoi parle-t-on encore d'animaux "nuisibles" ?
Le terme "nuisible" n'est plus celui utilisé officiellement par la réglementation. Depuis plusieurs années, on parle d'"espèces susceptibles d'occasionner des dégâts", ou ESOD.
Le principe est de permettre la destruction de certains animaux lorsqu'ils sont susceptibles de provoquer des dommages importants, notamment aux activités agricoles, forestières ou aquacoles, aux propriétés ou encore à la faune et à la flore.
Le gouvernement rappelle d'ailleurs que l'objectif du classement n'est pas d'éradiquer les espèces concernées, mais de permettre une intervention lorsque certains individus occasionnent localement des dégâts.
Mais c'est précisément ce dispositif qui est contesté depuis plusieurs années par les associations de protection de la nature.
La martre, symbole d'un classement controversé
L'un des points les plus critiqués de ce nouvel arrêté concerne la martre des pins.
En mai 2025, le Conseil d'État avait annulé son classement comme ESOD dans les départements concernés, notamment en raison d'un manque de données permettant de justifier suffisamment ce classement au regard de la directive européenne "Habitats".
Un an plus tard, la martre fait pourtant son retour dans la nouvelle liste, cette fois dans 14 départements.
Pour la LPO, ce retour constitue un véritable recul. L'association estime que l'État revient ainsi sur des engagements pris en faveur de la biodiversité et annonce un nouveau recours devant le Conseil d'État.
Une consultation publique largement défavorable
Avant la publication de l'arrêté, le projet avait fait l'objet d'une consultation publique du 9 au 30 juillet 2026.
Selon la LPO, environ 75 000 contributions ont été déposées et 89 % étaient défavorables au projet finalement adopté.
La consultation officielle montre effectivement une très forte mobilisation contre le classement, de nombreux participants mettant en avant le rôle écologique joué par ces espèces et l'absence, selon eux, de démonstration de l'efficacité des destructions.
Malgré cette mobilisation, le gouvernement a donc décidé de maintenir le dispositif pour trois années supplémentaires.
Que reprochent les associations à cette nouvelle liste ?
La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et l'Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS) dénoncent notamment un dispositif qu'elles jugent inefficace et contraire aux connaissances scientifiques actuelles.
La LPO souligne que plusieurs études ont remis en question l'efficacité de ces destructions. Selon elle, les travaux scientifiques disponibles ne montrent pas que tuer davantage d'animaux classés ESOD permet de réduire les dégâts qui leur sont attribués. Elle estime également que ces espèces rendent des services importants aux écosystèmes : régulation des rongeurs, dispersion des graines ou encore élimination des cadavres.
L'ASPAS partage cette analyse et annonce, elle aussi, qu'elle saisira le Conseil d'État pour contester le nouvel arrêté. L'association dénonce notamment la possibilité de recourir au piégeage, au tir et, pour le renard, au déterrage dans les territoires concernés.
Des critiques qui ne viennent pas uniquement des associations
L'un des éléments particulièrement intéressants dans ce débat est que les critiques du système ESOD ne proviennent pas uniquement des associations de protection animale.
Un rapport de l'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD) publié en 2025 avait étudié le fonctionnement du dispositif français et ses équivalents dans plusieurs autres pays.
Ses conclusions recommandaient notamment de ne pas reconduire l'arrêté triennal à son échéance de 2026, mais plutôt de profiter de cette période pour expérimenter un nouveau système de gestion des dégâts, davantage fondé sur la prévention et une gestion au cas par cas.
Autrement dit : même au sein des institutions publiques, la pertinence du système actuel fait débat.
Le renard, un exemple particulièrement parlant
Le renard est probablement l'animal qui cristallise le plus les tensions autour du classement ESOD.
Dans de nombreux départements, il peut être classé comme espèce susceptible d'occasionner des dégâts, notamment en raison des dommages pouvant être causés aux élevages de volailles.
Mais le renard joue également un rôle important dans les écosystèmes. Prédateur opportuniste, il consomme notamment de nombreux petits rongeurs.
Pour les associations, cela pose donc une question essentielle : est-il réellement pertinent de détruire massivement une espèce qui contribue elle-même à réguler certaines populations susceptibles de provoquer des dégâts agricoles ?
La LPO estime que la prévention et la protection des élevages devraient être privilégiées : sécurisation des bâtiments, protection des cultures et élevages, effarouchement ciblé ou encore recours à des répulsifs.
Une question qui dépasse le simple débat sur la chasse
Derrière cette nouvelle liste se trouve finalement une question plus large : comment voulons-nous cohabiter avec la faune sauvage ?
Certaines espèces peuvent effectivement occasionner des dégâts. Les agriculteurs et les particuliers confrontés à ces problèmes peuvent être directement concernés et rechercher des solutions efficaces.
Mais pour les associations de protection de la nature, la réponse ne devrait pas systématiquement passer par la destruction des animaux.
À l'heure où la biodiversité française est déjà fragilisée, elles demandent donc de privilégier la prévention, la protection des activités humaines et une meilleure prise en compte du rôle écologique de chaque espèce.
Le débat est loin d'être terminé : la LPO et l'ASPAS annoncent toutes deux leur intention de saisir le Conseil d'État pour contester tout ou partie du nouvel arrêté.
En attendant d'éventuelles décisions de justice, la nouvelle réglementation est entrée en vigueur et s'appliquera jusqu'au 30 juin 2029 dans les territoires concernés.