Grandir avec un animal de compagnie serait-il bénéfique pour la santé mentale des enfants ? Si de nombreuses recherches suggèrent que la présence d'un animal peut favoriser le bien-être, une étude menée en Espagne apporte un résultat pour le moins surprenant : selon l'âge auquel il arrive dans la famille, un animal pourrait être associé à davantage de difficultés émotionnelles et comportementales chez l'enfant. Et l'espèce qui ressort particulièrement n'est autre que… le chat.
Mais avant de regarder nos félins de travers, il faut se pencher sur ce que les chercheurs ont réellement observé.
Que dit cette étude sur les animaux et les enfants ?
Publiée dans le World Journal of Pediatrics, l'étude s'est intéressée aux liens entre la présence d'animaux de compagnie pendant la petite enfance et la santé mentale quelques années plus tard.
Les chercheurs ont analysé les données de 1 893 familles espagnoles participant au projet INMA, une vaste étude consacrée à la santé et au développement des enfants.
Ils ont notamment étudié la présence de différents animaux lorsque les enfants avaient 1 an puis 4 à 5 ans, avant d'évaluer leur santé mentale à l'âge de 7 à 8 ans.
Les chercheurs se sont intéressés à deux grandes catégories de difficultés :
- Les problèmes dits "internalisés", qui regroupent notamment certains symptômes émotionnels comme l'anxiété, les inquiétudes ou les difficultés relationnelles.
- Les problèmes "externalisés", qui concernent davantage certains comportements comme l'hyperactivité, l'impulsivité, l'agressivité ou les difficultés à respecter les règles.
Et les résultats sont loin d'être aussi simples qu'on pourrait le penser.
Le chat, une exception surprenante ?
Parmi les différentes espèces étudiées, les enfants qui avaient eu un chat uniquement entre 4 et 5 ans présentaient davantage de problèmes internalisés et externalisés à 7-8 ans.
Les chercheurs ont notamment calculé un risque relatif de 1,37 pour les problèmes internalisés et de 1,26 pour les problèmes externalisés.
À l'inverse, les enfants qui avaient vécu avec des animaux appartenant à la catégorie des « autres animaux » pendant les deux périodes étudiées semblaient présenter moins de problèmes internalisés.
Cette catégorie regroupait notamment des animaux comme les lapins, hamsters, cochons d'Inde, poissons, tortues ou encore certains reptiles et amphibiens.
Quant aux chiens et aux oiseaux, aucune association significative avec une amélioration ou une dégradation de la santé mentale des enfants n'a été observée dans cette étude.
Attention : cela ne signifie pas que les chats rendent les enfants malheureux
C'est probablement le point le plus important à retenir.
L'étude ne démontre absolument pas qu'avoir un chat provoque des problèmes de santé mentale chez l'enfant.
Les chercheurs ont observé une association statistique, mais cela ne permet pas d'établir un lien de cause à effet.
Plusieurs explications sont possibles. Par exemple, certaines caractéristiques des familles pourraient à la fois influencer le choix d'adopter un chat et la santé mentale de l'enfant.
Les auteurs soulignent également que le fait de « posséder » un animal ne signifie pas nécessairement que l'enfant vivait en permanence avec lui. Les données disponibles sur la cohabitation étaient plus limitées.
Autrement dit, impossible de conclure qu'un chat serait mauvais pour le développement émotionnel d'un enfant.
Pourquoi les petits animaux pourraient-ils avoir un effet différent ?
Le résultat concernant les "autres animaux" est lui aussi particulièrement intéressant.
Les chercheurs avancent notamment une hypothèse : les petits animaux comme les lapins, hamsters ou cochons d'Inde sont parfois davantage considérés comme "l'animal de l'enfant".
Ils peuvent ainsi être impliqués dans les petites responsabilités du quotidien : remplir une gamelle, donner de l'eau, participer aux soins ou simplement observer et prendre soin de l'animal.
Ces interactions pourraient contribuer progressivement au développement de certaines compétences comme l'empathie, la responsabilité, la planification ou encore la régulation des comportements.
Mais là encore, il s'agit d'une hypothèse et non d'une conclusion définitive.
Les animaux restent de précieux compagnons pour les enfants
Ces résultats ne remettent pas en question toutes les recherches qui s'intéressent aux bénéfices potentiels de la relation entre les enfants et les animaux.
La littérature scientifique a notamment associé la présence d'animaux, et particulièrement des chiens, à différents aspects du développement social et émotionnel : interactions sociales, comportements prosociaux, expression des émotions ou encore régulation émotionnelle.
Une étude publiée en 2026 a par exemple montré que la présence d'un véritable chien pouvait favoriser, lors d'échanges entre parents et enfants, l'utilisation d'un vocabulaire davantage centré sur les émotions et les états mentaux.
Les animaux peuvent également jouer un rôle dans des contextes plus spécifiques. Une étude clinique récente menée auprès d'adolescents hospitalisés en psychiatrie a ainsi observé une amélioration de l'auto-efficacité chez ceux ayant participé à des séances accompagnées d'un chien, même si les résultats concernant l'anxiété n'étaient pas significativement différents de ceux du groupe témoin.
Alors, faut-il éviter d'adopter un chat lorsque l'on a des enfants ?
Certainement pas sur la base de cette seule étude.
Le lien entre un enfant et son animal dépend de nombreux facteurs : son âge, son tempérament, celui de l'animal, la relation qui se crée entre eux, le contexte familial et la manière dont l'animal est intégré au quotidien.
Cette étude apporte surtout une nouvelle pièce au puzzle et montre que les effets des animaux de compagnie sur le développement des enfants sont probablement beaucoup plus complexes qu'une simple opposition entre "avec animal" et "sans animal".
Alors si votre enfant grandit avec un chat, inutile de paniquer à la lecture de cette étude. Votre compagnon à quatre pattes n'est pas pour autant responsable de ses éventuelles difficultés émotionnelles ou comportementales.
Comme souvent en science, une étude ne donne pas nécessairement une réponse définitive : elle permet surtout de poser de nouvelles questions et d'ouvrir la voie à de futures recherches.
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